Dans la vie, on murit, on apprend, puis un jour on demande de l’aide pour utiliser son smartphone et on trouve que les voisins font trop la fête. C’est le signe qu’on a cessé de grandir pour commencer à vieillir. Il n’y a pas vraiment de plateau : on grimpe vers les sommets comme le tyrolien du Juste Prix, et paf, soudainement on se fait vouvoyer et on commence ses anecdotes par « à l’époque ». Tel un avocat trop vert pour le déjeuner et déjà pourri au dîner, je pense pouvoir dater mon acmé au 16 octobre 2022. Depuis, tout va à vau-l’au, au point que je finis par utiliser l’expression « aller à vau-l’au ».
Évidemment, je me plaignais déjà à la veille de mes 30 ans que ma jeunesse s’était envolée. Je n’étais pourtant pas préparé au caractère exponentiel de la dégradation du corps et de l’esprit. L a vieillesse de l’âme est un état subjectif, et on peut toujours trouver plus âgé que soi en écoutant Charles Consigny, 36 ans à l’état civil et 96 ans dans l’âme. Mais pour ce qui est du corps, on ne peut plus se mentir quand défiler rapidement notre album de selfies ressemble au nazi qui boit dans le mauvais graal.

On commence à chercher un moyen de ralentir le processus de décomposition amorcé, et il y a une solution à tout sur internet. Pour le double menton, une minute par jour de gymnastique faciale ; pour les cheveux, une minute de massage crânien ; pour la souplesse, une minute d’étirements ; pour les yeux, une minute de froid… Je pourrais continuer la liste comme ça jusqu’à remplir les 1 440 minutes de la journée. Tout ça pour se remettre à flot ? Même pas. C’est juste écoper le Titanic avec une louche : tu verras jamais New-York mais tu auras l’impression de contrôler ta destinée.
L’idée n’est de toute façon pas d’améliorer les choses. On retape pas une Renault 11 pour en faire une Aston Martin ; on veut juste qu’elle roule à peu près droit jusqu’au cimetière. Le but du sport n’est plus de devenir musclé (après 20 ans de bonnes résolutions reportées) mais juste de garder ses organes à l’intérieur de sa chemise. Et surtout, il suffit de sauter un exercice un seul jour pour ne plus jamais être capable de la faire de sa vie. Pour l’instant je parle de squats, mais dans pas si longtemps ça sera faire mes lacets.

La vie nous rappelle bien que la fête est finie. Par exemple quand le temps qu’on mettait à récupérer d’une cuite monumentale ne suffit même plus à faire passer une raclette. Mais si on l’oublie, on peut toujours compter sur de jeunes pourritures pour pointer du doigt qu’on a passé le bac l’année de leur naissance. Ou sur ma conne de coiffeuse, qui a osé me parler de mes « cheveux matures ». Par pour donner des conseils hein, juste pour constater que même améliorée en Tunisie, ma chevelure s’asséchait comme mon cœur. Le niveau d’indécence. Est-ce que mon ophtalmo me dit que j’ai « des yeux qui en ont trop vu » ou mon urologue que j’ai des « burnes qui se rapprochent dangereusement du sol » ? Pas encore, mais avoir une telle équipe pour réparer tout ce qui déconne chez moi suffit à comprendre. Je suis comme Tchernobyl en 86 : la salle de contrôle clignote de partout et il est trop tard pour redresser la situation. Je pense pouvoir faire illusion et à Noël on m’offre un putain de chausse pied…

Quelqu’un de pas beaucoup plus âgé que moi m’a dit une fois qu’il avait « plus de souvenirs que de projets« . Si un jour je me dis ça, promettez moi de me foutre une balle dans la nuque. Pour ne pas me sentir trop vieux, j’espère avoir toujours des projets jusqu’au jour où je n’aurai plus aucun souvenir.
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