Ce que j'en pense

Ce que j'en pense

parce que je ne vois pas pourquoi ça ne vous intéresserait pas

La fin de l’année

Nous sommes fin novembre, les lumières de noël commencent à fleurir dans les rues de nos villes, les gratteurs d’amitié vous demandent ce que vous allez faire pour le nouvel an, votre femme a commencé un régime en prévision des repas de fête et votre marmot a fait une liste au Père Noël équivalent à deux mois de votre salaire. Vous concluez donc que la fin de l’année arrive. Erreur ! Ce serait comme croire que Le retour du Roi est enfin terminé parce que Frodon a jeté sa putain de bagouze dans le volcan : le pire est en réalité à venir.

Dans les grandes villes, on tente de faire des immeubles de véritables citadelles imprenables en installant tout un tas de dispositifs qui créent une barrière entre le confort de nos appartements et le dur monde de la rue où il est difficile de faire cent mètres sans se faire réclamer de l’argent de façon plus ou moins sournoise. On pourrait se féliciter qu’aucune folklorique femme de l’est ne vienne sonner à nos portes en nous demandant de l’argent pour le bébé qu’elle porte dans les bras et dont il est pourtant flagrant qu’il est mort, mais les digicodes et la bienséance n’arrêtent hélas pas tous les genres de mendiants.

Les plus connus sont les facteurs, qui profitent qu’on leur ouvre la porte sans méfiance pour nous vendre leurs calendriers. Sans doute jaloux de cette tradition séculaire, les pompiers ont suivi, puis les éboueurs, les scouts, les élèves d’école, les paroisses, etc. Cette concurrence acharnée nous entraîne maintenant à devoir refuser des calendriers moches et inutiles dès le mois d’octobre ! Et s’il n’y a pas de conséquence à dire non au footballeur en herbe qui voudrait vous extorquer de l’argent pour son club déjà largement arrosé par l’argent de vos impôts, envoyer bouler un professionnel peut en revanche coûter cher. Selon un scénario probable, les gaz de décomposition de votre poubelle pas ramassée depuis un mois prendront feu dans la nuit, sans que vous en soyez averti puisque le détecteur de fumée commandé sur internet n’est jamais arrivé à destination, et les secours mettront un temps exagérément long à venir. Lorsque vous courrirez (orthographe réformée de 2012) dans votre salon en tâchant d’éteindre vos enfants en flamme, vous regretterez votre pingrerie !

Almanach du facteur 2011
Le calendrier qui semble dire : "ça pourrait être pire, vous pourriez habiter en Bretagne"

L’avancement permanent de ce détroussage massif fait qu’en cette fin novembre, les rapaces ont fini de racketter le bon peuple de France qui peut sereinement penser aux cadeaux inutiles et coûteux (270€ par personne en 2011) qu’il va offrir à sa famille, avant d’aller se plaindre de la crise et du prix de l’essence. En tout cas le peuple de France qui n’habite pas un grand immeuble, car pour certains un personnage-clé de leur vie va entrer en action afin d’avoir lui aussi sa part du gâteau : la gardienne. Cela peut être un homme, mais mes différentes expériences ont confirmé le cliché de la femme portugaise.

La concierge, habituellement courtoise sans être agréable, commence à faire sentir sa présence lorsque les fêtes approchent. Ses regards sont de plus en plus lourds de sens lorsqu’elle vous remet les colis, elle écoute ABBA de plus en plus fort en nettoyant le couloir, et elle traîne de plus en plus souvent dans le hall. Bien entendu je pourrais lui filer 50€, mais si tous les résidents en faisaient autant, ça lui ferait dans les 4500€ et tout ça au black. Est-ce moralement acceptable ? Est-ce qu’en ne lui donnant rien je ne ferais pas un acte militant contre la fraude fiscale ? Mais ai-je envie que la société secrète des gardiennes mette mon nom sur sa liste noire ? Il me reste encore un mois pour me décider…

Deux pouces, c'est vraiment pas terrible !
La fin de l’année, surtout quand on n’a pas de treizième mois, n’est pas une période très réjouissante. Faire preuve de générosité envers quelques professions de service pourrait être un geste de bonté pas trop douloureux, mais auquel s’applique parfaitement une phrase de Chris Esquerre à propos de l’argent de poche et des pourboires : "Pour nous ce n’est rien mais on ne veut surtout pas que ça fasse trop pour eux"


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