Revoir son collège

15 avril 2014 by Guillaume

Ayant fui à 800 kilomètres, je revois rarement le collège où j’ai respiré de l’amiante de 1994 à 1998. Mais je suis accidentellement passé devant et j’ai constaté qu’ils le rénovaient. Quelle connerie. D’une part d’un point de vue esthétique, puisque cet immonde masse de béton toute droit sortie des années Pompidou restera à jamais une plaie béante au milieu de cette petite ville de pierre et de tuiles romanes. D’autre part, le mal qui habite ce bâtiment ne sera pas anéanti par un simple coup de peinture. Ce serait comme mettre du maquillage à Gilbert Collard : c’est drôle, mais ça reste un sombre connard, avec juste du maquillage dessus. Non, pour résoudre les problèmes du collège Armand Coussens de Saint-Ambroix il n’y a qu’une solution : en finir avec lui.

Car on ne peut pas garder le lieu : Saint-Ambroix, malgré ses 3 500 habitants, est aussi animée qu’Oradou-sur-Glane en juillet 44. Il n’y a rien à y faire, même pas écouter la radio dont les ondes préfèrent contourner la commune. Chaque matin quand le car scolaire entrait dans le village, un grésillement remplaçait dans les enceintes les programmes culturels de Fun Radio.
Il faut préciser que le fait le plus illustre du village est la légende du Volo Biòu – en VF du bœuf qui vole. On raconte qu’au Moyen Âge, pour écouler l’excédent de mauvais vin, on promit à la populace de leur faire voir un bœuf volant. Tout le monde s’amassa en plein soleil et picola en attendant le moment où un bœuf fut balancé du haut de la colline et s’écrasa en contrebas. Même les Monty Python n’auraient pas osé inventer une fête aussi absurde, mais chaque année les Saint Ambroisiens célèbrent la légende en buvant le mauvais vin produit dans la région depuis la nuit des temps.

Le collège Armand Coussens : le fail de St-Ambroix

On ne peut pas non plus conserver le nom. Tout ce qu’a fait Armand Coussens à Saint-Ambroix, c’est y naître avant de s’enfuir à Nîmes, prouvant qu’en 1900 déjà il était exclu d’y rester. Cet illustre artiste gravait le métal à l’aide d’acide nitrique, ce qui lui provoqua une mort lente et douloureuse à 55 ans. Encore plus douloureux pour lui, le ridicule logo du collège portant son nom : une plume transperçant un coussin pour tremper dans un encrier, ou comment allier éducation et déconnade. Un jour, quelqu’un a voulu détendre l’atmosphère d’un brainstorming en faisant un sale jeu de mot Coussens/coussin, et dans un élan irresponsable il a été suivi. Quand l’équipe du collège a retrouvé la raison, il était trop tard et douze tonnes de papier à en-tête avaient déjà été imprimées.

Logo d'époque (la mienne) du collège A. Coussens.

Logo d’époque (la mienne) du collège A. Coussens.

Impossible de garder le gymnase dont les ouvriers, trop pressés d’aller boire leur salaire de misère, ont cloué la tôle du toit sur les poutres en laissant dépasser de longues pointes au plafond. Combien de ballons s’y sont empalés alors que je souhaitais si ardemment que ce soient mes profs de sports qui s’y transpercent le crâne. Mais le plafond était à dix mètres et si les profs d’EPS savaient prendre de la hauteur, ça se saurait.

Ceux qui en ont les moyens fuient ce collège, comme le prouve le compte rendu du CA de juillet 2013 qui précise que  le pourcentage d’élèves de catégorie socioprofessionnelle défavorisée [est] bien supérieur au Gard, à l’académie et à la France . Effectivement sur Copains d’avant – qui est à Facebook ce que le Minitel est à Internet : trop tôt, trop Français, trop cheap – je vois surtout des vies brisées par un métier de merde, de la prison ou pire : une famille nombreuse.

5 pouces retournés, la pire note du blog!

Non, une rénovation ne changera rien à ce lieu qui est malade de l’intérieur. Les murs, le sol, tout irradie cette sale ambiance, ce côté malsain. Sa masse grise et imposante qui insulte le regard semble écraser les esprits fragiles qui grouillent dans ses entrailles. La seule solution, c’est l’abblation ! Casser les fenêtres, tomber les cloisons, détruire les piliers pour qu’enfin cette petite fabrique du mal ne soit plus qu’une légende. Une triste légende. Qu’on enterre les gravats loin d’ici, et que le terrain devienne un parking. Et que tous ceux qui sont passés dans la souffrance par cet endroit destructeur viennent le voir disparaître. Qu’en voyant la barre de béton s’écrouler, ils voient leurs tyrans, professeurs comme élèves, tomber eux aussi et devenir poussière.


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