Ce que j'en pense

Ce que j'en pense

parce que je ne vois pas pourquoi ça ne vous intéresserait pas

Le soutien scolaire

Y’a des soirs, tu rentres chez toi et ton cerveau a besoin de se reposer, mais ton corps n’a pas besoin de dormir. Dans ces situations, nos ancêtres coupaient du bois pour l’hiver, mais aujourd’hui on a de l’uranium et la télé. Il y a bien du foot sur TF1, mais mon cerveau est juste fatigué, pas liquéfié, donc je me contente de Capital sur M6. Ce soir-là, c’est Classes moyennes : les nouveaux sacrifiés ?, un titre bien choisi puisque tout le monde se croit concerné : les pauvres qui ne réalisent pas leur condition, et beaucoup de personnes aisées qui ont du mal à se racheter un nouvel iPhone tous les ans. Au sommaire : impôts, logement et retraite évidemment, mais aussi… soutien scolaire.

L’animateur, qui semble semble sorti d’une parodie des Inconnus, commence par nous dire que 74% des classes moyennes flippent pour l’avenir de leurs enfants. Si jamais on ne lui faisait pas confiance, un graphique s’affiche derrière lui avec écrit 74%. On rencontre ensuite Sarah, une gamine en prépa à qui ses parents paient un prof particulier à 78€ de l’heure pour qu’elle arrive à suivre en math. Comme elle a une caméra braquée sur la gueule, elle est forcée de se justifier et prétend que c’est indispensable. Si elle était enfermée dans un placard à chaque mauvaise note, elle aurait peut-être pas besoin d’être suivie par un chômeur surqualifié, mais au moins ça lui donne une vision de son avenir.

Salle de classe à Dumbar (Canada) en 1930
« Classes eight and nine of Lord Byng » par Dunbar History Project (CC BY)
À l’époque c’était 40 par classe, et ça mouftait pas!

Petit portrait de la famille : la mère ne travaille pas et j’ai comme le sentiment – sans pouvoir le justifier – qu’elle n’en a juste pas envie. Je dirais qu’elle a atteint péniblement le bac, mais qu’elle se trouve trop délicate pour choper des ampoules aux mains. Pas grave, elle a mis le grappin sur un ingénieur qui la nourrit et claque 5000€ par an pour du soutien scolaire à leur fille – qui lui ressemble moyen, d’ailleurs. Pour le même prix ils pourraient lui payer un cursus complet de CAP plomberie, qui lui permettrait d’avoir à coup sûr un emploi bien payé, et surtout de bosser tout de suite, pas dans dix ans. Parce que finalement, à quoi ça sert les études longues ? À être au chômage à 30 ans au lieu de 18, c’est tout.

Du coup on se retrouve avec des parents persuadés qu’il faut tout miser sur les études pour que leur chiarde ait une meilleure vie qu’eux. Forcément, leur vie fait pas rêver puisqu’ils avouent se priver de vacances pour payer les cours. Mais apparemment, ça vaut les deux points de moyenne qu’elle a gagné et à aucun moment ils ne semblent envisager qu’elle n’a juste pas le niveau. Non, ça va être prépa, même si on doit compenser tes lacunes au prix de notre bonheur. Certains inscrivent leur chien dans des concours canins, d’autres leur fille en Mats sup. Chacun projette ses propres échecs sur autrui comme il peut.

Ils ont beau répéter que leur but est la réussite de leur fille, jamais ils ne disent ce qu’elle doit réussir. Finalement, c’est ça la grande incompréhension de notre société : la réussite, c’est quoi ? Parce que selon bien des critères, Zahia a réussi, ne serais-ce qu’en terme de tarif horaire comparé au prof particulier de la petite Sarah. Par sûr que ses parents seraient du même avis, même si leur conception de la réussite semble être essentiellement matérielle.

Capture d'écran de Capital.
Léa : « J’ai des problèmes d’esspression écrite. »
Pas que, Léa, pas que.

La seconde partie du reportage est consacrée aux cours collectifs. Les parents ambitieux mais trop radins y foutent leurs enfants pendant les vacances pour pouvoir enfin baiser dans la piscine tranquilles. Dans trente ans ils le regretterons, dans l’hospice miteux où ils auront été placés par vengeance. "On est des parents stressés au jour d’aujourd’hui" se justifie une mère qui, si elle parle aussi mal à la maison, ruinera l’avenir de ses enfants. À moins qu’ils ne veuillent être journalistes. Bah mémère, plutôt que de reporter ton angoisse sur des gamins qui sont supposés être en vacances, prends un Xanax, au moins c’est remboursé.

Le plus rigolo, c’est que ces cours collectifs sont donnés par des profs de l’Éducation Nationale, qui en ont obtenu l’autorisation. Donc des gens qui prétendent justifier leurs 18 heures de cours hebdomadaires par le travail de préparation, mais vont en réalité faire des extra ! C’est sûr qu’on a moins envie de donner de son temps aux élèves en difficultés quand on peut leur vendre ce temps. Mais c’est pas leur faute aux profs, paraît qu’ils ont de plus en plus d’élèves dans leurs classes et c’est plus possible de bosser correctement. Ils m’auraient dit que les enfants étaient de plus en plus cons, je les aurais crus, mais leur argument ne correspond pas à la réalité comme on peut le voir ci-dessous.

Chiffres concernant le nombre d'élèves par classe.

Un pouce, y'a pas de quoi pavoiser !
Payer des cours particuliers à son enfant, c’est comme mettre des ailerons sur une Twingo : tu crois que ça l’améliore, en fait t’as juste claqué du blé inutilement. Ta voiture n’est pas une Formule 1, ton gamin n’est pas Einstein. Plutôt que de l’accepter et de te dire qu’il n’a pas besoin de ça pour vivre, tu vas juste l’user prématurément. Changer les amortisseurs d’une Twingo c’est pas trop cher ;dix ans de thérapie c’est trente mille boules.


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