Se marier

10 octobre 2012 by Guillaume

Bien que fréquentant surtout des comédiens de théâtre et des personnes travaillant à la télé, je connais encore quelques hétérosexuels qui, mus par le désir de profiter du fragile monopole qu’ils ont encore là-dessus, décident de se marier. Bien entendu, je comprends qu’on puisse vouloir se faire offrir des cadeaux somptuaires alors qu’on vient déjà de voler la collectivité par un habile tour de passe-passe fiscal consistant à se marier en milieu d’année. Mais avant de passer à l’acte, je vous propose que nous analysions ensemble le pour et le contre, non pas d’unir sa vie à une autre personne – parce qu’on n’a pas inventé le divorce et l’homicide pour rien – mais d’organiser une fête où l’on invitera un maximum de personnes (ce sera proportionnel à la valeur du cadeau) dont une bonne partie par obligations familiales.

Si vous comptez vous marier prochainement, préparez-vous à ce que vos proches organisent de petites surprises dont le but sera soit de vous foutre la honte soit de vous faire pleurer. Si vous pleurez de honte, ils considéreront probablement qu’ils ont réussi leur coup. Mais tout le monde n’a pas la lâcheté de préparer un diaporama, et certains pensent qu’ils honoreront les mariés en montant sur scène. Ils ne se rendent compte que trop tard que ça ne s’improvise pas et que leur touchant numéro ne se résumait pour le public qu’à une silhouette dans l’ombre produisant du larsen, mais au moins ils ont voulu bien faire. D’autres, par contre, méritent qu’on profite de leur présence sur scène pour vider dans leur plat un peu d’arsenic (j’en ai toujours sur moi, dans le manche de ma dague) : ceux qui profitent de ces rassemblements pour faire leur show quand les gens ne peuvent décemment par sortir. Études de cas.

Cas n°1 : Gard, août 2010. La sœur de la mariée, mineure à l’époque des faits ce qui peut être retenu comme circonstance atténuante, décide de jouer un air de flûte traversière au milieu du repas. Bon… Je ne me formalise pas, parce qu’au fond je ressens une grande compassion pour les gens qui font le choix de la flûte traversière ; ils ont investi beaucoup d’efforts pour apprendre un instrument ridicule et dont on peut très bien se passer dans toute formation musicale. Mais quand ils interrompent le repas une seconde fois, et que vous restez la fourchette en l’air à les regarder danser pendant de longues minutes sur une chorégraphie approximative, vous leur en voulez, et les mariés leur en veulent encore plus. Mon conseil : beurrez bien la scène s’il y a en une, cela égayera éventuellement le spectacle.

Cas n°2 : Hauts-de-Seine, juillet 2011. Quand les parents de la pacsée ont une caméra depuis son enfance, on est surs de se taper des heures de film biographique. Mais ce n’est rien comparé à la cousine, amie ou que sais-je qui a décidé, pour faire plaisir (à qui, à part elle-même?), de massacrer non pas une bonne chanson, ce qui pourrait être une preuve de goût à défaut de talent, mais une chanson de Tina Arena… Une chanson de trois minutes vingt, soit deux-cent secondes pendant lesquelles vos tympans vous supplient de les crever avec des cure-dents. Voici un petit diaporama anonymisé pour donner une impression de l’ambiance. Il faut expliquer aux gens que s’ils avaient un vrai talent, les autres paieraient pour le voir, et ils n’auraient pas à l’imposer à des innocents.

Cas n°3 : Vendée, septembre 2012. Tout le monde passe une bonne soirée, l’ambiance est là, les animations sont peu contraignantes quand soudain le parrain prend la parole. Il a un paquet cadeau et le donne à une personne au hasard, puis commence un jeu en forme de poème, qui fait passer le paquet de main en main, à travers la salle. Comme le droit de vote des femmes, l’idée peut paraître bonne jusqu’à ce qu’on la mette en œuvre. Car en réalité personne n’a envie de trouver le plus chauve, le plus gros ou le plus drôle de la salle pour lui passer une boite, surtout quand après quinze longues minutes de jeu, alors que les mariés se sont endormis, le paquet leur revient et on découvre qu’il ne contient rien dont on se souviendra après le dessert (comme un lingot ou un placenta). À éviter donc, les jeux interactifs que vous n’avez pas vu fonctionner de visu.

3 pouces, bien mais pas top.

Malgré tout, s’il n’y avait pas toutes ces interventions ridicules et mal préparées, les mariages ne seraient qu’une grosse bouffe avec un plan de table. Alors oui, continuez à vous humilier en voulant faire passer un bon moment aux spectateurs : c’est ce qui marche le mieux !


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